
Coder sur la Forge des communs numériques avec VSCode ou VSCodium
Lancée par la Direction du numérique pour l’éducation et adossée à la stratégie du numérique pour l’éducation 2023-2027, LaForgeEdu fédère aujourd’hui plus de 2 000 projets — applications, ressources, manuels, logiciels — créés par et pour la communauté éducative. Pour y contribuer, nul besoin de maîtriser la ligne de commande ni de s’enfermer dans un outil propriétaire : VSCode et son jumeau entièrement libre VSCodium offrent une interface graphique conviviale qui rend Git accessible, tout en restant un environnement professionnel adopté par des millions de développeurs. Cet article vous accompagne pas à pas, du téléchargement de l’éditeur jusqu’à votre première merge request, pour que vous puissiez consulter, modifier et enrichir un projet de la Forge avec la même aisance qu’un document partagé.
Publié le 13/05/2026
Qu’est ce qu’un IDE ?
Un IDE — pour Integrated Development Environment, ou environnement de développement intégré — est un logiciel qui rassemble dans une même interface l’ensemble des outils nécessaires à l’écriture, au test et à la maintenance du code. Là où un simple éditeur de texte se contente d’afficher des lignes, un IDE propose la coloration syntaxique pour distinguer mots-clés et variables, la complétion automatique qui suggère les instructions au fil de la frappe, le repérage des erreurs avant même l’exécution, un terminal intégré, un débogueur pour suivre le programme pas à pas, et le plus souvent une intégration directe avec les outils de versionnement comme Git. C’est, en somme, un atelier numérique qui réunit sur un même établi tout ce dont on a besoin pour concevoir, fabriquer et corriger un programme — un confort qui change radicalement l’expérience du développement, qu’on écrive ses premières lignes de Python ou que l’on contribue à un projet collectif sur une forge.
VSCode et VSCodium : deux faces d’un même outil
Parmi les IDE disponibles, Visual Studio Code (couramment abrégé en VSCode) s’est imposé en quelques années comme l’un des plus utilisés au monde. Développé par Microsoft et distribué gratuitement sur Windows, macOS et Linux, il séduit par sa rapidité, sa sobriété visuelle et la richesse de son écosystème d’extensions, qui le rendent aussi à l’aise avec Python qu’avec Markdown, LaTeX, HTML/CSS ou les notebooks Jupyter. Son code source est publié sous licence libre (MIT), mais les binaires téléchargés depuis le site de Microsoft y ajoutent quelques composants propriétaires, des éléments de marque, et activent par défaut la collecte de données d’usage (télémétrie).
VSCodium est précisément la réponse libriste à cette ambiguïté : une version compilée à partir du même code source, mais entièrement débarrassée des ajouts propriétaires, de la télémétrie et des logos Microsoft, et associée par défaut à un dépôt d’extensions alternatif et ouvert, Open VSX. L’expérience d’utilisation reste rigoureusement identique — mêmes raccourcis clavier, même interface, mêmes extensions à quelques exceptions près — et les deux logiciels peuvent même cohabiter sur la même machine. Le choix entre les deux relève donc moins de la technique que du positionnement : VSCode offre l’accès le plus immédiat à l’ensemble de l’écosystème Microsoft (notamment Copilot et les extensions estampillées de l’éditeur), tandis que VSCodium s’inscrit pleinement dans la logique des communs numériques et de la souveraineté logicielle — une cohérence particulièrement bienvenue lorsqu’on contribue à des projets hébergés sur LaForgeEdu.
Pré-requi
Avant tout, connectez vous à la forge de communs numériques
Pré-requis
Voici les liens pour télécharger un des deux IDE, procédez à l’installation :
Ensuite il faudra installer et configurer Git
Une fois Git installé, sa configuration de base tient en deux commandes à passer une seule fois — soit dans un terminal du système, soit, plus simplement, dans le terminal intégré de VSCode/VSCodium (menu Terminal → New Terminal ou raccourci Ctrl+ù) :
git config --global user.name "nomprenom" <=== Cet identifiant ce trouve en cliquant sur votre icône de profil en haut à droite sur la forge, c'est ce qui suit @
git config --global user.email "prenom.nom@ac-academie.fr" <=== C'est votre adresse académiqueCes deux informations seront associées à chacun de vos commits (les enregistrements de modifications) et signeront publiquement vos contributions. Un point essentiel mérite d’être souligné : l’adresse de courriel doit être identique à celle déclarée sur votre compte LaForgeEdu. C’est sur ce critère que la plateforme relie automatiquement les commits à votre profil et vous en attribue la paternité. Une adresse différente n’empêche pas techniquement le push, mais vos contributions apparaîtront comme provenant d’un utilisateur « fantôme » non rattaché à votre compte — ce qui, pour des travaux à valoriser dans un cadre professionnel ou pédagogique, serait dommage.
Il reste ensuite à configurer l’authentification proprement dite — c’est-à-dire la manière dont la Forge vérifie que vous êtes bien autorisé à envoyer du code dans un dépôt — par jeton d’accès personnel ou par clé SSH. C’est l’objet de la section suivante.
Configuration de votre IDE
Installer l’extension Gitlab
Depuis votre IDE, cliquer sur le bouton à gauche avec les 4 boîtes, c’est un menu qui vous permettra d’installer des extensions. Cherchez Gitlab dans la barre de recherche de ce menu comme dans la capture ci-dessous
Ensuite cliquez sur l’icône stylisée en forme de renard, puis sur "Authenticate to Gitlab instance". Vous allez relier votre IDE avec la Forge !
Dans la barre centrale, entrez l’adresse : https://forge.apps.education.fr/
Votre IDE va maintenant vous identifier, pour cela choisissez le token (ou clé SSH si vous connaissez la technique). Je vous conseille de cliquez sur "Create a token first" qui va ouvrir une page sur la Forge.
Dans cette page, vous allez créer un jeton de connexion. Plusieurs points de vigilance :
La date, le jeton va expirer au bpût d’un temps donné. A vous de bien choisir la date.
Il faut au moins donner l’accès API à ce token pour qu’il fonctionne.
Le token est une suite de caractères, il faudra enregistrer ce token car vous n’y aurez plus accès par la suite.
Copiez le token dans le champ dédié de votre IDE.
C’est fait ! Votre IDE et la forge sont reliés, vous n’aurez plus besoin de faire des allez-retour entre la forge et votre code !
Cloner votre dépôt.
A partie de là, je vous conseille de créer un dépot vide qui servira à accueillir votre projet. Vous pouvez vous référer à cet article (juste le paragraphe "Création d’un projet vide" uniquement)
Une fois votre projet vide prêt, vous allez le cloner sur votre ordinateur. Cette copie vous permettra de travailler localement et d’envoyer votre code sur la forge quand vous estimerez que cela est prêt.
Dans l’extension gitlab (icône du renard), cliquez sur "Clone Repository" puis "Clone from GitLab)
Ensuite choisissez votre projet dans la liste déroulante (ou commencez à saisir le nom du projet) :
Choisissez "https"
Les deux donnent accès au même contenu — seule la manière dont votre poste prouve son identité auprès de la Forge change. Le tableau ci-dessous récapitule les différences à connaître :
| HTTPS | SSH | |
|---|---|---|
| Port réseau | 443 (le même que le web) | 22 (parfois filtré) |
| Authentification | Jeton d’accès personnel (token) | Paire de clés cryptographiques |
| Mise en place initiale | Immédiate, rien à générer | Génération d’une clé et dépôt de la partie publique sur la Forge |
| À chaque push / pull | Réclame le jeton (souvent mis en cache) | Silencieux, aucune saisie |
| Renouvellement | Le jeton expire (durée maximale d’1 an sur LaForgeEdu) | Pas d’expiration |
| Derrière un pare-feu strict | Passe presque toujours | Souvent bloqué |
Passons au codage
Une fois votre dépôt cloné, vous obtiendrez une fenêtre de ce style :
Vous pouvez alors procéder aux modifications des fichiers du code, une fois arrivés à un état qui vous satisfait, vous pouvez procéder à un "commit" qui sera envoyé sur la forge.
Un commit est une photographie de vos modifications à un moment précis, accompagnée d’un court message qui les résume (« Ajout de l’exercice 3 », « Correction d’une faute dans le README »). Tant que vous n’avez pas commité, vos changements vivent seulement dans les fichiers : Git ne les a pas encore intégrés à l’historique du projet. Surtout, un commit est local — il reste pour l’instant sur votre seul ordinateur.
Le push (littéralement « pousser ») est l’opération qui transfère ensuite ces commits depuis votre poste vers le dépôt distant hébergé sur LaForgeEdu. Une fois le push effectué, vos modifications deviennent visibles par tous ceux qui ont accès au projet et apparaissent dans son historique en ligne.
Une fois les modifications enregistrées en local, vous pourrez faire un "commit and push" pour envoyer vos modifications sur la forge.
Quelle extension pour faire du codage assisté par IA ?
Première chose à savoir, et qui conditionne tout le reste : VSCodium utilise par défaut le dépôt Open VSX (libre, géré par la fondation Eclipse), tandis que VSCode interroge le Marketplace de Microsoft. Or Microsoft interdit l’usage de son marketplace par d’autres produits, ce qui prive mécaniquement VSCodium de certaines extensions — au premier rang desquelles GitHub Copilot, le plus connu des assistants par IA. Copilot reste pourtant la voie la plus rapide à mettre en route pour les collègues sur VSCode, d’autant qu’il est gratuit pour les enseignants vérifiés via le programme GitHub Education ; en contrepartie, le code écrit transite par les serveurs de Microsoft et d’OpenAI — à réserver donc à du code non sensible, et certainement pas à des productions identifiantes d’élèves.
Pour rester cohérent avec la philosophie des communs numériques, on lui préférera Continue.dev : une extension entièrement libre (licence Apache 2.0), disponible aussi bien sur Open VSX que sur le marketplace Microsoft, et surtout agnostique sur le moteur d’IA. On peut y brancher derrière une clé API (Anthropic, OpenAI, Mistral…) pour la qualité maximale, ou — c’est l’option la plus intéressante en classe — un modèle servi en local par Ollama (Llama 3, Qwen, DeepSeek-Coder, Mistral…). Dans ce dernier cas, aucune donnée ne quitte le poste de l’enseignant ou de l’élève : la question RGPD se trouve résolue d’emblée, et l’on travaille avec un outil dont la chaîne complète — éditeur, extension, modèle — peut être 100 % libre.
Mise en route de Continue.dev avec Ollama : pas à pas
L’objectif est d’obtenir, en un quart d’heure environ, un assistant IA fonctionnant entièrement en local sur le poste : aucune connexion sortante n’est nécessaire, et aucune ligne de code ne quitte la machine. La procédure tient en cinq étapes.
1. Installer Ollama
Ollama est le moteur qui télécharge, stocke et exécute les modèles d’IA en local.
- sous Linux, ouvrir un terminal et exécuter :
curl -fsSL https://ollama.com/install.sh | sh - sous Windows ou macOS, télécharger l’installeur depuis ollama.com et le lancer.
Une fois installé, Ollama tourne discrètement en tâche de fond et expose un service local sur l’adresse http://localhost:11434. Pour vérifier qu’il répond :
ollama --version2. Télécharger deux modèles
La bonne pratique consiste à utiliser deux modèles distincts : un petit, très rapide, pour la complétion automatique qui doit répondre en temps réel à chaque frappe ; un plus gros, plus capable, pour le chat et la génération de fonctions entières. Dans un terminal :
ollama pull qwen2.5-coder:1.5b # ~1 Go — pour l'autocomplétion
ollama pull qwen2.5-coder:7b # ~4,5 Go — pour le chatLa famille Qwen 2.5 Coder, développée par Alibaba sous licence libre, est à ce jour l’une des plus performantes pour le code. Si la machine dispose de moins de 8 Go de RAM, on se contentera du seul modèle 1.5b pour les deux rôles ; à l’inverse, sur un poste bien équipé, llama3.1:8b ou deepseek-coder-v2:16b apporteront un confort supplémentaire pour le chat.
3. Installer l’extension Continue dans l’éditeur
Dans VSCode ou VSCodium :
- ouvrir le panneau Extensions (raccourci Ctrl + Maj + X) ;
- rechercher Continue dans la barre de recherche ;
- cliquer sur Installer.
L’extension étant publiée à la fois sur le Marketplace de Microsoft et sur Open VSX, l’opération est rigoureusement identique sur les deux éditeurs. Une icône Continue apparaît alors dans la barre latérale gauche.
4. Configurer Continue pour utiliser Ollama
Au premier lancement, Continue ouvre un assistant : choisir l’option « Local » pour indiquer qu’aucune API distante ne sera utilisée. Pour aller plus loin et préciser quel modèle assurera quel rôle, on édite directement le fichier de configuration via la commande Continue : Open config.yaml (palette de commandes : Ctrl + Maj + P), ou à la main dans ~/.continue/config.yaml. Voici un contenu minimal qui fonctionne d’emblée :
name: Assistant local
version: 1.0.0
schema: v1
models:
- name: Qwen Coder Chat
provider: ollama
model: qwen2.5-coder:7b
roles:
- chat
- edit
- apply
- name: Qwen Coder Autocomplete
provider: ollama
model: qwen2.5-coder:1.5b
roles:
- autocompleteOn enregistre le fichier ; Continue recharge automatiquement la configuration.
5. Vérifier que tout fonctionne
Deux tests rapides confirment l’installation :
- ouvrir un fichier Python, commencer à taper une signature de fonction comme
def factorielle(n):et patienter une seconde — une suggestion en gris clair doit apparaître, à valider d’un Tab ; - ouvrir le panneau Continue (icône dans la barre latérale), sélectionner un bloc de code dans l’éditeur, puis demander en français : « Explique-moi ce code ».
Si les deux tests passent, vous disposez désormais d’un assistant IA libre, gratuit, fonctionnant hors-ligne et conforme RGPD par construction — exactement le type d’outil dont l’utilisation fait sens dans une démarche de communs numériques.
Conclusion : coder, partager, contribuer
Au terme de ce parcours, vous disposez d’une chaîne complète et entièrement libre : un éditeur professionnel (VSCode ou VSCodium), un outil de versionnement (Git) configuré pour dialoguer avec LaForgeEdu, et — pour qui le souhaite — un assistant IA local servi par Continue.dev et Ollama. Tous ces éléments sont gratuits, multi-plateformes, et respectueux de vos données. Il ne tient plus qu’à vous de les mettre en pratique sur un projet réel.
Quelques ressources pour approfondir
- la documentation officielle de LaForgeEdu et les guides d’usage publiés par la Direction du numérique pour l’éducation ;
- le tutoriel Git par Atlassian, particulièrement bien fait en français et accessible aux débutants ;
- le Pro Git Book, la référence libre et complète, en français elle aussi ;
- la documentation de Continue.dev et la bibliothèque de modèles disponibles sur Ollama ;
- le portail apps.education.fr, qui rassemble l’ensemble des outils libres mis à disposition des personnels par le Ministère.
Commencer petit
Pour la plupart d’entre nous, l’obstacle n’est pas technique — il est psychologique. Contribuer à un projet libre peut sembler intimidant lorsqu’on n’a jamais utilisé Git. Le meilleur conseil que l’on puisse donner est donc de commencer petit : repérer une coquille dans le README d’un projet hébergé sur la Forge, ouvrir le fichier dans VSCode, la corriger, valider un commit, le pousser sur une branche, ouvrir une merge request. La première contribution ne fait peut-être que deux caractères, mais elle suffit à faire tomber la barrière. Les suivantes viendront naturellement, et vous découvrirez rapidement que la partie la plus difficile n’était pas le code, mais le premier pas.
Une démarche, pas seulement un outil
C’est précisément la philosophie des communs numériques : chacun y apporte ce qu’il peut, et l’ensemble bénéficie à tous. Que vous mutualisiez un exercice corrigé, un script d’évaluation automatique, une fiche de cours en Markdown, un projet interdisciplinaire ou une application interactive développée avec vos élèves, vous participez à la même dynamique — celle qui transforme un travail individuel en ressource partagée par la communauté éducative. Au-delà des outils dont il a été question dans cet article, c’est cette démarche qui mérite d’être adoptée et transmise. La Forge des communs numériques éducatifs n’attend plus que vous.









