Page 6 : Le Monde du dimanche 28-lundi 29 mars 1999

Louis Schweitzer, président-directeur général de Renault

« Les salariés de Nissan ont envie de s'en sortir »

Propos recueillis par Stéphane Lauer (Extraits)

« Renault et Nissan viennent d'annoncer un partenariat global ? Quel est le sens de cet accord ?

- Notre accord repose sur deux piliers distincts : le redressement de Nissan et les synergies entre Renault et Nissan. Les deux démarches ont des horizons différents mais doivent être menées parallèlement.

Nous pensons que Nissan est une société fondamentalement saine. [...]  Les synergies s'étendront sur une dizaine d'années. Ce n'est pas une coopération limitée, mais une vraie convergence globale en matière d'achats, de produits, de composants (moteurs, boîtes de vitesse…).

Cet accord est le contraire d'une fusion Renault-PSA, par exemple, qui exigerait, pour réussir, une réduction des coûts plus rapide que l'inévitable perte des parts de marché qui en résulterait. Le rapprochement Renault-Nissan vise à étendre notre champ d'action. Nous offrons à Nissan un projet de croissance. L'accord ne cantonne pas Nissan à être la filiale japonaise de Renault.

[...]

- Comment se fera le travail en commun ?

- Un comité stratégique composé des deux PDG et de cinq dirigeants de chacun des deux groupes définira la stratégie commune. Onze groupes de travail conjoints seront chargés de mettre en ouvre les synergies du nouvel ensemble.

- Comment se déroulera le partenariat sur le plan industriel ?

- Nous développerons des fabrications communes, source d'économies d'échelle. Ainsi, l'objectif est de parvenir à dix plates-formes communes contre 8 actuellement chez Renault et 26 chez Nissan.

Notre premier modèle sur une plate-forme commune verra le jour à l'horizon 2002-2003. Ce modèle succédera dans le bas de gamme, à la fois à la Clio 2 et à la Micra : il s'agira de deux véhicules différents, fabriqués sur une même plate-forme. D'emblée il sera produit à un million d'exemplaires par an. Autre aspect de la collaboration : le développement, par l'un des deux constructeurs, de véhicules qui pourront être « rebadgés » par l'autre. Par exemple, les pick-up et les 4X4 de Nissan, ou le Kangoo de Renault. Dans les moteurs, le but est également d'arriver à une gamme commune de 8 familles de moteurs contre 7 actuellement chez Renault et 20 chez Nissan.

A partir du moment où nous aurons tous ces éléments en commun, le partage des usines dans les pays tiers sera beaucoup plus facile. C'est là que sur le long terme se trouve l'essentiel des synergies.

- Quelles actions engagerez-vous avec les fournisseurs et les sous-traitants de Nissan ?

- C'est le domaine où Nissan peut réaliser très rapidement des économies importantes, comme nous l'avons fait nous-mêmes. La politique d'achats a été reconstruite chez Renault sur deux modèles, Toyota et Chrysler : ils impliquent une concurrence entre les meilleurs fournisseurs mondiaux, mais aussi un vrai partenariat avec les fournisseurs retenus. C'est très différent du système japonais - qui est d'ailleurs en train de changer - fondé sur l'habitude. Nissan n'est pas performant dans le domaine des achats et sa première source d'économies se situe là. Sur les 3,3 milliards de dollars d'économies prévues de 2000 à 2002, 1,75 milliard viendra des achats.

[...]

- Quelles seront les conséquences en termes d'emploi ?

- À l'exception des filiales financières européennes de Nissan où des doublons apparaîtront avec Renault Crédit international, le rapprochement n'aura pas d'impact négatif sur l'emploi chez Renault. En revanche le redressement de Nissan au Japon entrainera nécessairement des diminutions d'emplois. Mais c'est indépendant du rapprochement.

- Quels sont les risques pour Renault en cas d'échec ?

- Nissan ne met pas en péril la survie de Renault. Les dettes que nous prenons en charge pour entrer dans le capital seront réduites à zéro trois ans après l'accord. Si les choses tournent mal, Renault aura subi une saignée mais sera en état de marche. L'entreprise n'aura aucune raison d'avoir perdu un client ou d'avoir vu ses coûts dériver. Stratégiquement, Renault ne sera ni plus, ni moins vulnérable qu'aujourd'hui.

Je comprends bien l'inquiétude des actionnaires à l'idée que Renault engage 30 milliards de cash. Mais l'entreprise en tant qu'entité Renault reste vivante. J'ai dans cette affaire une confiance forte. Ce qui me frappe, c'est que l'ensemble du management de Renault est solidaire. Comme disait Edgard Faure, « il n'y a pas de politique sans risque, il n'y a que des politiques sans chance ». »

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Questions :

1) En quoi l'accord entre Renault et Nissan est-il différent de la fusion entre Peugeot et Citroën ?

2) Comment s'effectueront les économies d'échelle ? Donnez un exemple.

3) Comment le PDG de Renault compte-t-il réaliser de grosses économies financières dans le court terme ?

4) Quelles sont les conséquences sociales du rapprochement entre les deux constructeurs ?

5) Quelles seraient les conséquences d'un échec de Renault ?

Mise en relation :

Quelle difficulté autre qu'économique semble occulter le patron de Renault ? (Voir page 4)

Il parle du partage des usines des pays tiers, proposez un exemple où les synergies seront possibles. (Voir page 5)

Synthèse :

Votre synthèse montrera la place de Renault dans l'industrie automobile mondiale, ses implantations, sa stratégie de fusion avec Nissan, les points faibles et les points forts du groupe (par rapport aux concurrents), les causes et les conséquences de la mondialisation.

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